III-Le commerce équitable: une pure illusion ?

 Le Commerce équitable semble être une solution aux problèmes des pays du Tiers Monde qui ne peuvent pas vivre de leur travail. Cependant, derrière cette image utopique se cache de nombreuses limites au commerce équitable. C'est pourquoi nous pouvons nous demander si ce commerce n’est pas juste une illusion.

 

1. Le commerce équitable : un commerce spécial.

 

Le commerce équitable est très différent des autres genres de commerce sur le marché conventionnel. En effet, le commerce équitable pratique des prix plus hauts (10% plus cher en moyenne) que ceux sur le marché conventionnel pour pouvoir garantir l’amélioration des conditions de vie des paysans du Sud. Un consommateur non averti du commerce équitable ne regardera que les prix des produits et achètera évidemment les moins chers. Les clients ne sont pas au courant du commerce des multinationales qui est l’un des moins équitables. Les multinationales cherchent à obtenir les prix les plus bas possible afin d’attirer plus de clients mais ils ne prennent pas en compte les conditions de vie des producteurs. Un producteur en partenariat avec la grande distribution sera payé, en moyenne, 90 jours après la livraison des produits alors que les acteurs du commerce équitable avancent l’argent avant de commander. Si ces producteurs qui travaillent avec la grande distribution  se plaignent, leurs produits sont alors déréférencés.       

Le commerce équitable va de plus à l’encontre de l’économie de marché car : 

  • l’économie de marché a des critères beaucoup trop exigeants, ce qui pourrait empêcher le développement du commerce équitable ;
  • La volonté des multinationales de pratiquer des prix très bas limiterait  l’amélioration des conditions de vie des petits producteurs ;
  • Il faudrait un contrôle des marges du producteur au distributeur final.

             source: http://blog.cfpj.com/modeequitable

Enfin, la pratique des prix supérieurs entraine une certaine sélectivité, ainsi le commerce équitable s'adresse plus à une « élite » qu'à l'ensemble de la population : se rendre dans les magasin comme "Artisans du Monde" ou dans d’autres enseignes proposant exclusivement des produits équitables n’est pas accessible à tout le monde.

 

2. Des consommateurs « équitables » confus.

 

Même si le mouvement d’un nouveau commerce dit « équitable » se répend de plus en plus de nos jours, il reste certaines confusions.

 

Tout d’abord, les associations de commerce équitable peuvent être  variées. En effet, il y a un très grand nombre de liens entre des associations comme Artisans du Monde et des associations religieuses ou humanitaires (Secours populaire, comité catholique contre la faim). Le client est confus sur le vrai concept du commerce équitable.

 La méconnaissance et la confusion du commerce équitable s'explique aussi par le fait qu'il y ait aujourd’hui plusieurs labels, équitables comme Max Havelaar, artisans du monde, PCE... mais il existe aussi d'autres labels et ce pour tout types de produits.

Cette multiplication des labels crée un problème de confusion et de méfiance chez le consommateur .

 source:http://mapausecafé.net

3. Les limites du label de commerce équitable

Un label en général désigne une marque distinctive créée par un syndicat professionnel et apposée sur un produit destiné à la vente. Ce label  va en certifier l'origine, en garantir la qualité et la conformité des normes de fabrication.


Le "Label Max Havelaar" est apposé sur des produits de consommation courante. Ce "label" n’est pas une marque commerciale, c’est un label qui certifie une certaine qualité « sociale ». Le logo est apposé sur des produits de différentes marques d’entreprises certifiées comme commerce équitable.

 

Max Havelaar est une branche de l'association internationale FLO (Fairtrade Labelling Organization). L’association est actuellement l'un des acteurs les plus importants du commerce équitable. Max Havelaar n'est pas le nom du fondateur de l'association, mais le titre d'un roman à succès des années 1860 qui dénonce l'inégalité des échanges entre l'Indonésie et les Pays-Bas. Max Havelaar est « né » en 1988 aux Pays-Bas. Son objectif premier est de faire un commerce plus juste, en permettant l'accès à un prix minimum garanti, ce qui va rémunérer de manière équitable et plus juste le travail des petits producteurs. Son second objectif est  de mettre en relation ces marques avec les producteurs et les autres partenaires commerciaux : exportateurs, importateurs… L’association accompagne aussi les entreprises dans leur démarche et cherche à les encourager à renforcer leur engagement.

Logo Max Havelaarsource:http://pourelles.bienpublic.com/

 Depuis 1988, le label Max Havelaar s'est développé. Au début, le label Max Havelaar était considéré comme la garantie d'une ONG vérifiant l'approvisionnement des entreprises en partenariat avec les organisations de producteurs. Grâce à leur succès, dans les années 2000, la fédération internationale FLO a décidé de séparer son activité de certification afin d'être davantage professionnelle. FLO a alors créé la société FLO-Cert suivant la norme ISO65 des certificateurs.

Les entreprises et les différents acteurs économiques sont alors contrôlés régulièrement, et paient à la société FLO-Cert afin d'être contrôlés. Après ce contrôle, la garantie du "label Max Havelaar" est certifiée ou non. Les producteurs sont normalement visités chaque année, et des inspecteurs se rendent dans chacune des coopératives et plantations. Ils vérifient que les standards internationaux sont bien appliqués. Le rapport des inspecteurs est transmis à un comité de certification composé de différentes personnes actrices de la chaîne «commerce équitable». Ce comité peut décider d'accorder la certification ou de la retirer. Mais le plus souvent, il préfère délivrer une liste d'actions à corriger et à accomplir: améliorer de la gestion, bannir un pesticide... Ensuite, ils s'assurent que les produits certifiés se retrouvent bien tout au long de la chaîne. Et c'est à partir de ce processus de contrôle que les consommateurs font confiance au "label Max Havelaar".

Comme dans tout processus de contrôle, il n'existe pas de garantie à 100%, les problèmes subsistent.

 

Selon Christian Jacquiau, auteur du livre Les coulisses du commerce équitable  en 2006, Max Havelaar dispose de seulement 54 contrôleurs pour 1 million de producteurs, ce qui est vraiment peu pour garantir un respect de la charte établie. Il écrit : « En effet, il n'y aurait que 54 inspecteurs dans le monde entier, travaillant en free-lance [indépendant] et à temps partiel pour la certification et le contrôle d'un million de petits producteurs! Ce contrôle ne se fait pas sur le terrain mais dans un bureau ou une chambre d'hôtel, voire par fax ».
De plus ces contrôles sont faits par la FLO-Cert qui est ancien partenaire de Max Havelaar, FLO-Cert n'aurait donc aucun intérêt à dissimuler les résultats des contrôles.

Pour obtenir le "label Max Havelaar", une coopérative de 450 paysans payera 2 000€ au moment de leur certification, puis chaque année, elles payent les visites de contrôle 500€ (le coût dépend de leur taille). Ce sont des tarifs ruineux pour ces petits paysans que l'on prétend pourtant vouloir faire sortir de la misère.
On pourrait se poser comme question : "Que vont gagner les producteurs après un contrôle si coûteux?"

Max Havelaar assure avoir distribué 50 millions d'euros aux petits producteurs, et en même temps, il affirme travailler avec un million de producteurs... Chaque producteur gagnerait ainsi 50€ par an, donc 4€ de plus par mois. Le commerce équitable pratiqué par Max Havelaar n'est donc pas si équitable !

En France ni dans aucun autre pays, il n’existe aujourd’hui un véritable "label de commerce équitable".
La législation française est particulièrement claire à ce sujet. Tout label doit être agréé et contrôlé par les services de l'Etat (comme le label bio "AB", agréé et contrôlé par le Ministère de l'Agriculture). Et aucune des marques privées existantes faisant référence à un "commerce équitable" n'est à ce jour agréée et contrôlée par l'Etat... (Voir Annexe 3:extraits de lois).

Le "label de Max Havelaar" ne devrait pas alors s'approprier le mot "label commerce équitable", il faudrait plutôt utiliser comme expression « certifié par Max Havelaar, conforme à son cahier des charges » ou encore « commerce équitable, la garantie Max Havelaar » pour ne pas que le mot « label » trouble le jeu de l'équitable.

Max Havelaar utiliserait donc le mot « label » dans ses campagnes de publicité pour attirer le consommateur non averti.

On parle beaucoup du "label Max Havelaar" qui s'est approprié « le label » commerce équitable, mais moins de d'autres associations sont dans une  démarche de commerce peut-être plus équitable...

ANDINES est une société coopérative commerciale française qui s'est principalement développée à partir de 1987. ANDINES repose sur un réseau de fabricants coopératifs et communautaires au Guatemala, en Colombie, en Equateur, au Pérou et au Brésil.
Elle noue des partenariats avec des producteurs de pays en voie de développement (Amérique du Sud, Afrique, ...), importe leur production et la distribue en France. Elle diffuse également des productions bio et équitable issues des pays européens.
La particularité d'ANDINES est que ce partenariat commercial est "équitable", c'est-à-dire que les producteurs des pays en développement sont rémunérés un prix supérieur à celui qui leur est proposé par les multinationales et les importateurs ordinaires.
La philosophie d'Andines est de partager la valeur ajoutée et le bénéfice entre les distributeurs et les producteurs.

source:http://www.ebenessence.fr

MINGA est une association française de commerce équitable créée en 1999. Le siège de l'association est à Saint-Denis. MINGA regroupe des citoyens, associations et entreprises qui participent à la construction et au développement d’action économique. Ils intègrent l’exigence d’équité économique et sociale tout au long des filières, ils refusent la précarité par la création d’emplois et veulent que les richesses soient partagées. Le développement durable fait partie d'une des plus importantes de leurs revendications. L'association déploie son activité dans différents domaines : participation à des travaux et à des débats sur l'équité dans les transactions commerciales, sensibilisation des populations à ces problématiques, et aide aux filières du commerce équitable.

 source:http://www.actionconsommation.org/publication/ 

 

BIO EQUITABLE est une association fondée en 2002, elle réunit des petites et moyennes entreprises du secteur agrobiologique. Elle se préoccupe de produire selon des critères de développement économique durable. Sa mission est d'accompagner les entreprises, de promouvoir l'esprit de la charte BIO EQUITABLE, de participer aux démarches des professionnels pour la reconnaissance du Commerce équitable et de participer aux actions collectives organisées en direction de l'agriculture biologique et du commerce équitable.

source:http://www.bestethic.me/

  

4. Le Commerce équitable et la grande distribution, une union possible ?

 

Le débat sur l’entrée des produits de commerce équitable est lancé en France par les acteurs du commerce équitable (Minga, Artisans du Monde…), par la presse (Politis, Que choisir…) et par les alter mondialistes. Il y a deux grandes raisons à cette discussion :

·        La première est que la France est le pays le plus densifié en terme de supermarchés.

·        La seconde est que les grands groupes de distribution sont réputés pour leurs pratiques inéquitables.

 

Mais ce qui effraie la plupart des acteurs du commerce équitable c’est la commercialisation des produits équitables dans la grande distribution. On s’aperçoit de plus en plus que les principales marques de grandes distributions souhaitent se montrer, auprès des consommateurs, éthiques et respectueux de l’environnement et des producteurs. Les consommateurs pourraient donc se demander pour quelles raisons ils iraient faire leurs achats dans un circuit alternatif tels que Biocoop ou Artisans du Monde.

 

En effet, les marques de grandes distributions n’ont qu’un seul but : s’enrichir. Pour s’enrichir, elles sont prêtes à mentir pour attirer le plus grand nombre de clients. Les grands groupes, voyant que le commerce équitable attire une clientèle nombreuse et fidèle, ont adopté de nouvelles stratégies. Les grandes marques utilisent les nombreux labels du commerce équitable pour attirer cette clientèle. Elles prétendent être « équitables » alors que les marque de la grande distribution sont  réputées pour leurs pratiques inéquitables. C est ce qu’on appelle « l’effet de mode ».

  Par exemple la chaîne de supermarché Lidl propose des produits « labellisés » Max Havelaar alors qu’une campagne sans précédent est menée dans toute l’Europe autour du livre noir du groupe Lidl (Schwarz-buch Lidl) qui dénonce « les conditions de travail, un climat de peur parmi les salariés et des mesures répressives insupportables », on peut alors douter de l’éthique équitable de ces supermarchés et penser que la présence de produits « labellisés » commerce équitable dans ces groupes de distribution n’est qu’une opération marketing.

Le marketing des grandes surfaces ou de certaines entreprises « dites » équitables est agressif et utilise des campagnes presque humanitaires, détournant le sens propre du commerce équitable.         

 source:http://www.lequitable/images/

                                                       

« Ce qui inquiète, dans la grande distribution, c’est la logique économique et financière de ces entreprises. […] La grande distribution, aiguillonnée par les hard-discounts, mène plus que jamais une politique de prix bas et veut capter le maximum de consommateurs pour étancher complètement les autres formes de distribution et devenir monopolistique. Dans cette logique, une grande surface doit payer ses fournisseurs à 90 jours, pratiquer des marges arrière, etc., ce qui est contraire aux principes du commerce équitable. […] Il est tentant de se dire que la grande distribution, c’est plus de volumes et plus de facilité. [...] Mais c’est une vue à court terme, c’est favoriser certains producteurs pour en casser d’autres, ceux qui doivent fournir des prix bas sur le reste des rayons des grandes surfaces. » nous explique Olivier Hauville, co-fondateur d’Échoppe-Artisans du soleil.

 

 

Mais l’utilisation des labels du commerce équitable pour attirer plus de consommateurs crée des alliances douteuses entre ces labels et des grands groupes. Un label tel que « Max Havelaar » garantit qu’un produit est équitable mais il ne garantit pas que la structure qui le vend a des pratiques équitables ou éthiques. Par exemple, une chaine de fastfood a  passé un accord avec Max Havelaar pour vendre du café équitable. Cette alliance est contre-nature car l’un ne cherche qu’à faire du profit et l’autre a faire du profit « équitable ».

source:http://imgst.meetcrunch.com/   

                   

5. Une Banalisation possible du commerce équitable

 

Malgré la forte augmentation du commerce équitable, il reste une banalisation possible de ce commerce. Il y a deux raisons pour cela :

 

  • Le manque de diversité des produits (difficulté d'intégrer la sphère industrielle, ou les biens de haute ou de moyenne technologie.)  Manque de diversité aussi des matières premières, le commerce équitable semble cantonner la production de certains pays sur certains produits spécifiques

 

  • Le manque de professionnalisme : le commerce équitable est souvent géré et encadré par des bénévoles et cela peut peut-être avoir un impact sur l’efficacité et la crédibilité de certaines enseignes.

 

 

 

 

 

 

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